LE RISQUE ET VOUS

 Dans Placements

 

Attention! Vous pourriez voir beaucoup de publicités de compagnies, banques ou caisses vous annonçant que tel ou tel de leurs fonds communs de placements ou fonds distincts a vu sa cote de risque baisser.

 

LE RISQUE

Et c’est vrai. Mais leur risque a-t-il diminué? Rien n’est moins sûr. Je sens que vous êtes un peu mêlé.e.s. Je viens d’écouter une entrevue sur YouTube  concernant l’inversion de la courbe des taux. Cet indicateur avancé nous dit que, quand les Bons du Trésor US de 90 jours offrent un taux d’intérêt supérieur à ceux des Obligations du gouvernement US de 10 ans, une récession devrait suivre dans les 18 mois (21 au maximum observé). En effet, c’est ce qui est arrivé lors de 7 dernières récessions. Et avec les récessions, les marchés reculent. Or, la courbe est inversée depuis la fin de juin.

Comme dans tout bon syllogisme, vous compléterez en disant que, donc, le risque de baisse des marchés est plus grande.

La cote de risque et le risque de baisse sont 2 choses différentes. La cote de risque est établie, au Canada, en fonction d’une règle établie par l’IFIC (Institut des fonds d’investissement du Canada) ou l’ACVM (Autorités canadiennes en valeurs mobilières). Le problème, c’est que ça diffère beaucoup et c’est basé sur des périodes différentes, 3 ou 5 ans pour l’IFIC vs 10 ans pour les ACVM. Par exemple, en écart-types, le risque moyen correspond à un intervalle de 11% à 16% pour l’IFIC vs 6% à 12% pour les ACVM.

En fait, l’écart-type mesure la volatilité du titre; le calcul en est plus compliqué. Mais il y a d’autres mesures de risques.

  • Le bêta mesure la sensibilité à la baisse par rapport à l’indice de référence retenu.
  • Le recul maximum retient le recul le plus important subi durant tous les krachs de l’existence du titre ou du fonds.
  • Le ratio de capture à la baisse tient compte de tous les reculs vs celui de l’indice.
  • Le ratio de Sharpe mesure l’habileté d’un gestionnaire à surpasser l’indice compte tenu de la volatilité.
  • Le ratio de Sortino raffine le ratio de Sharpe.
  • Et il y en a d’autres.

Leur plus grand défaut? Ils sont basés sur le passé. Si je vous propose un fonds, je suis tenu de vous écrire que « les rendements passés ne sont pas garants des rendements à venir. » Cette mise en garde n’est pas obligatoire concernant le risque du fonds.

 

VOTRE TOLÉRANCE AU RISQUE

Je dois aussi évaluer votre tolérance au risque. Comment? Il existe beaucoup de questionnaires. Sur 8 que j’ai recensés rapidement, le nombre de questions varie de 9 à 17, en moyenne 12. Dans l’ordre ou dans le désordre, les questions portent sur

  • vos objectifs: si vous en avez plusieurs, ça peut vouloir dire plusieurs questionnaires;
  • vos horizons temporels: chaque objectif a son horizon temporel, une date à laquelle il devrait être réalisé;
  • vos connaissances en placements;
  • votre capacité à assumer du risque au cas où l’investissement n’aille pas comme espéré; dont votre âge, votre revenu, votre valeur nette;
  • votre attitude face au risque: votre attitude générale, mais aussi dans des périodes de stress.

Je ne prends par pour argent comptant vos choix de réponses (a, b, c). si j’ai des doutes, je vous questionne pour vous amener à préciser ou même revoir vos réponses. Par exemple, la question 14, qui va s’appliquer de moins en moins, vu que nos jeunes client.e.s ne l’ont pas vécu :

De septembre 2008 à novembre 2008, le marché boursier nord-américain a perdu plus de 30 %. Si vous déteniez un placement qui a perdu plus de 30 % de sa valeur en 3 mois, vous

      i) Vendriez le solde restant de ce placement pour éviter d’autres pertes. (0 point)

      ii) Vendriez une portion du solde restant de ce placement pour protéger une partie de votre  capital. (3 points)

      iii) Conserveriez ce placement dans l’espoir d’un rendement futur plus élevé. (5 points)

      iv) Achèteriez plus de ce placement alors que les prix sont plus bas. (10 points)

Si vous répondez i) ou ii), je vais vous demander ce que vous avez fait en réalité. Et la totalité de mes clients ont attendu. Et ils.elles ont pris la bonne décision objective et évité la mauvaise décision subjective.

Je dois aussi évaluer, non pas le sentiment que vous avez de ce que vous feriez, mais ce que vous feriez probablement en situation de krach. Je dois toujours évaluer qui vous êtes maintenant et comment vous réagirez. Par exemple. J’ai un client de 100 ans et d’autres de plus de 80, dont un que je connais depuis plus de 20 ans. En faisant une mise à jour, en 2015, le département de conformité a trouvé les objectifs de placement de ce client un peu forts pour cet âge. Voici une partie de ma réponse :

La répartition de l’actif est une chose. Le choix des fonds en est une autre.

  • Fidelity Revenu mensuel :
    1. 50% de revenu fixe
    2. 15e percentile ou mieux sur 5 et 10 ans
    3. Écart-type inférieur à la moyenne
    4. Capture à la baisse de 30% ou moins sur 1, 3 et 5 ans

Eh bien, en situation de krach, ce fonds, et les autres de ce compte et des autres comptes de ce client, devraient bien faire. Ce client qui a un fonds de pension raisonnable ne décaisse pas pour ses besoins, mais par obligation, et souvent il transfère l’argent au CÉLI. Donc, en plus, dans son cas, une baisse de marché devrait être favorable à son CÉLI. C’est ma responsabilité d’évaluer tout ça pour chacun.e de mes client.e.s.

Dans un article de Finance et Investissement de la mi-Novembre 2019, Michelle Schriver rapporte que Steven Sofer, de Gowling WLG , International, dit que les personnes de 65 ans actuellement pourraient vivre encore 30 ans et que, par conséquent, il est nécessaire que la croissance soit intégrée au portefeuille de la plupart des clients. Le défaut de le faire pourrait, selon Mitch Fraser, associé chez Torys LLP, amener un tribunal à juger que le conseiller n’était pas « prudent ». La raison en est que les taux d’intérêt réels sur les CPG de 5 ans (ou les obligations) ont baissé de 5,4% (7,1% moins inflation de 1,7%) en 1995 à -0,4% en 2015.

 

CONCLUSION

Je ne peux faire disparaître le risque de baisse du marché qu’on appelle aussi risque systémique. Aucun conseiller ne le peut. Assurez-vous de poser des questions sur sa démarche pour minimiser les risques qui ne manqueront pas de se manifester au fil du temps, en regard de votre situation particulière.

Contactez-moi : poitras@cgocable.ca et 450-774-4584

 

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